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" Ne crains pas de douter, Atsuko. Pense à une marche épuisante... Les lacets et les sommets se succèdent... et à chaque fois, tu t'efforces de croire... que le dernier est enfin arrivé... mais il y a toujours, derrière, une autre colline. Puis une autre, et une autre encore... et c'est ainsi qu'on avance, l'esprit tourné vers la colline suivante, sans certitude. "

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Parole du maître, Môhitsu à l'élève, Atsuko, une jeune fille talentueuse teinturière. Nous sommes dans le Japon de l'époque d'Edo (ancien nom de la capitale Tokyo). Nous suivons le parcours d'un calligraphe de renom, Môhitsu-San, membre d'une famille de samouraï respecté. Fasciné par les mouvements du pinceau bien plus que par le maniement du sabre, Môhitsu fut envoyé pour apprendre l'art de la calligraphie auprès de celui qui fut son maître. A son retour, sa famille fut emportée par les guerres féodales. Depuis il erre d'un village à l'autre, cherchant encore sa paix intérieur, il va faire la rencontre d'une jeune passionnée et douée en teinture alors qu'il cherchait à faire nettoyer son hakama (pantalon large plissé et porté par les nobles du Japon médiéval). Môhitsu propose alors à Atsuko de devenir peintre, avec du travail, elle pourrait devenir l'apprentie d'un de ses amis peintre renommé et qui vit à Edo... Le maître vient de se faire la promesse de s'occuper de cette jeune Atsuko, prénom qui signifie : enfant de profondes émotions. 

Cet album est le fruit de leur début pour notre duo d'auteur, Maël & Bauza. Il fut terminé en novembre 2008, il y a déjà presque 7 ans. Une lecture intemporelle sur un sujet universel, scénarisée par Antoine Bauza et aquarellée par Martin Leclerc, dit Maël.

L'encre du passé est un récit intimiste prônant l'art de l'écriture japonaise. L'histoire est singulière et se risque à toucher au fondement de la philosophie du pays de soleil Levant en abordant ce thème. Un voyage dans le temps nous est proposé. Au bout du chemin quelque peu introspectif, les auteurs nous plongent dans les aspirations et les angoisses de leurs personnages. Entre les interrogations sur le passé du maître Môhitsu et les questionnements sur le devenir d'Atsuko, le parcours des deux protagonistes est teinté d'une encre sinueuse, douloureuse. Le scénario suit un modèle général, une voie toute tracée, comme un éternel recommencement mais dans le principe, les qualités de l'humain, notion de l'amitié ou relations spirituelles sont explorées avec une poésie de belle écriture.

Entièrement réalisée à l'aquarelle, la patte graphique de Maël (Notre Mère la Guerre, Revenants) est déjà remarquable surtout dans la couleur. Il utilise des tons gris, ocre à tonalité pâle, directe. C'est parfaitement travaillé dans les nuances, dans la spontanéité. Le style est là, il est fuyant, brut et dynamique. Maël s'offre à la contemplation dans de pleines pages muettes, un régal pour les yeux.

L'encre du passé est une lecture dépaysante, légère, douce et calme. Ou comment, jadis, se sont rencontrés une plume agréable avec un pinceau admirable !!

A noter, cette bande dessinée bénéficie de la magnificence des calligraphies japonaises (Shodô) de Pascal Krieger.

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L’encre du passé, par Mael & Bauza, publié chez Dupuis, dans la collection Aire Libre, Juin 2009, 15,50 €

©Dupuis 2009 Bauza/Maël

©Dupuis 2009 Bauza/Maël

©Dupuis 2009 Bauza/Maël

©Dupuis 2009 Bauza/Maël

Tag(s) : #Mael, #Bauza, #Aire Libre, #Dupuis

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